L'art de vivre à la Française

USA : Charles III et le français

Le roi Charles III et la reine Camilla viennent d’effectuer une visite d’État aux États-Unis pour marquer le 250e anniversaire de la Déclaration d’indépendance et célébrer les liens étroits entre les deux nations.

Lors du dîner d’État, le président Trump a porté un toast à l’amitié indéfectible entre les deux nations : « Aujourd’hui, la plupart des anciennes colonies britanniques ignorent tout de leur dette envers ce formidable héritage de droit, de liberté et de coutumes britanniques qui leur a été légué… Ce soir, à la veille du 250e anniversaire de notre chère indépendance, nous nous tournons vers l’incarnation souveraine de notre patrimoine britannique et disons sincèrement : merci à nos amis, le Royaume-Uni, pour le plus riche héritage qu’une nation ait jamais offert à une autre. Puisse nos deux pays rester unis à jamais – pour la liberté, pour la justice et pour la gloire de Dieu.« 
Charles III a offert au président des État-Unis la cloche du sous-marin HMS Trump qui joua un rôle crucial durant la guerre du Pacifique. Dans son discours le roi a voulu faire de l’humour en affirmant : « Vous avez récemment déclaré, Monsieur le président, que sans les États-Unis les pays européens parleraient allemand. Puis-je me permettre de dire que sans nous vous parleriez français ». La déclaration est sujet à controverse et rappelle au contraire le passé peu glorieux de l’Angleterre.

On doit la présence française en Amérique du Nord à des navigateurs audacieux arrivés au XVIe siècle après les Espagnols mais avant les Britanniques et les Hollandais. En 1999, Philippe Bonnichon, professeur à la Sorbonne, rappelait : « Les Français se sont taillés un empire immense qu’ils n’ont pas colonisé. Le grand atout de la France jusqu’à la Révolution est d’avoir la population la plus nombreuse d’Europe. La forte population fournit la matière imposable et les soldats dans les guerres. Il convient donc de conserver cet atout, d’exporter le moins d’émigrants possibles en Amérique, d’y convertir plutôt les indigènes et de pratiquer, entre eux et les colons, une politique d’intégration. On dote les colons qui épousent des Indiennes converties. La prépondérance française est en Europe. Le grand commerce maritime peut donner la prospérité, mais pas les charges d’un empire, difficile à défendre, en butte aux incursions des puissances maritimes adverses et où la « gloire » aurait plus à perdre qu’à gagner. »

En 1713 les traités de paix d’Utrecht sont signés entre la France, la Grande-Bretagne et l’Espagne. Philippe V, duc d’Anjou, petit-fils de Louis XIV est reconnu comme roi d’Espagne mais en contrepartie la France doit abandonner son soutien à Jacques II, dernier roi catholique exilé chez son cousin à Saint-Germain-en-Laye. À la suite de la Glorieuse Révolution, le parlement avait voté la Charte des droits (Bill of Rights 1689) qui écartait le roi légitime en intégrant une disposition interdisant aux catholiques d’accéder au trône. De même la France doit céder l’Acadie à la Grande-Bretagne. Rebaptisée « la Nouvelle-Ecosse », une politique d’anglicisation est décidée. La région, catholique et francophone, subit la déportation massive : « Il nous semble que les Français de la Nouvelle-Écosse ne seront jamais de bons sujets de Sa Majesté… C’est pourquoi nous pensons qu’ils devront être expulsés aussitôt que les forces que nous avons dessein de vous envoyer seront arrivées en Nouvelle-Écosse. » Des rafles sont organisées le dimanche matin autour des églises acadiennes, les maisons et les cultures sont brûlées. Un officier britannique ayant reçu l’ordre de déportation répondra pour sa défense : « Il ne m’appartient pas de critiquer les ordres que je reçois, mais de m’y conformer ». Certains s’enfuient dans les forêts et deviennent pour les uns des résistants et pour les autres des rebelles, il en est ainsi de Joseph Beausoleil Brossard. Il survivra et aura une descendance dont l’une est aujourd’hui mondialement connue sous le nom de Beyoncé. Alors que la déportation des Acadiens s’étale de 1755 à 1763 en Suisse Voltaire ne témoigne d’aucune empathie, bien au contraire dans une lettre faisant référence au tremblement de terre qui a détruit Lisbonne il écrit : « La guerre est donc sérieuse. Je voudrais que le tremblement de terre eût englouti cette misérable Acadie plutôt que Lisbonne et Méquines. » et dans Candide on peut lire : « Vous savez que ces deux nations sont en guerre pour quelques arpents de neige. »

Georges Clémenceau disait « Qu’est-ce que l’Angleterre ? une colonie française qui a mal tourné ! L’anglais ! ce n’est jamais que du français mal prononcé ! » En effet, pendant trois siècles les Normands (1066-1154) et la Maison angevine des Plantagenêts (1154-1399) ont régné sur l’île des trois Léopards d’or. L’année prochaine, le duc de Normandie traversera-t-il le « Channel » pour venir à Falaise fêter le millénaire de la naissance de Guillaume le Conquérant comme « au bon vieux temps » lorsque le roi d’Angleterre, vassal, venait faire son « hommage lige » au roi de France, son suzerain ? Aujourd’hui le Royaume-Uni garde en souvenir de son « colonisateur » sa langue civilisatrice inscrivant sur ses armoiries royales sa devise en français “Dieu et mon droit” associée à celle de l’Ordre de chevalerie de la Jarretière “Honi soit qui mal y pense”

God save the King ! … là encore traduction anglaise de « Grand Dieu sauve le Roy » l’hymne original composé par Jean-Baptiste Lully.

 

Nicolas Chotard,
Président des Lys de France
Trésorier de la Chouannerie du Maine

 

Pour en savoir plus, voici deux vidéos :

La Déportation des Acadiens (le Grand dérangement)

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Notre-Dame et la Sorbonne : Entre nouveaux vitraux controversés et restauration classique

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