L'art de vivre à la Française

Maria Carolina de Bourbon des Deux-Siciles

Duchesse de Berry  (1798-1870) / Duchesse de Calabre (2003)

En 1815, Ferdinand Ier (portrait au mur), roi des Deux-Siciles et de Jérusalem remonte sur son trône après la chute du fils d’aubergiste Joachim Murat, roi de Naples usurpateur et beau-frère de Napoléon. 

En 1816, la Duchesse de Berry, mère du comte de Chambord « l’enfant du miracle » aménage au Palais de l’Élysée. 

 

 Le 31 mars 1814 la coalition (Russie, Angleterre, Prusse, Autriche, Suède) en guerre contre l’Empire fait son entrée dans Paris. Les puissances monarchiques avalisent la Restauration monarchique dans le respect des règles de la dévolution de la Couronne, Le 3 avril 1814 le Sénat et le Corps législatif proclament la déchéance de Napoléon et appellent le comte de Provence, frère de Louis XVI, en exil en Angleterre, sur le trône de France. 

 

   Louis XVIII n’a pas d’enfant, pour les intrigants le duc de Berry, fils du futur Charles X et frère cadet du futur Louis XIX, roi de France pendant 20 minutes ayant abdiqué le même jour que son père, incarne l’avenir de la dynastie. Le duc de Berry s’est marié en 1816 à Notre-Dame de Paris avec Maria Carolina Ferdinanda de Bourbon des Deux-Siciles, le Palais de l’Élysée devient la résidence du jeune couple. 

 

   Le 13 février 1820, le duc et la duchesse de Berry assistent à une représentation à l’Académie royale de musique, la princesse enceinte et fatiguée souhaite renter au Palais de l’Élysée. Le prince l’accompagne jusqu’à la voiture mais en chemin il est poignardé par le compagnon d’infortune de Bonaparte sur l’île d’Elbe, un dénommé Louvel. Le duc de Berry est transporté dans sa loge royale, son agonie dure toute la nuit avant de rendre l’âme à Dieu au petit matin. Cet événement a profondément touché les français comme en témoigne Madame de Boigne : « La mort de monsieur le duc de Berry causa une désolation générale. On en dira maintenant tout ce qu’on en voudra, mais cette tragique nuit fut reçue comme une calamité nationale. »

 

   Le Ciel veille, Louvel a raté son objectif de « détruire la souche » des Bourbons, le 29 septembre 1820 la duchesse de Berry donne naissance à Henri V connu sous son titre de comte de Chambord. Dans un grand élan lyrique, Lamartine le surnomme « l’enfant du miracle » :

« Il est né l’enfant du miracle

Héritier du sang d’un martyr

Il est né d’un tardif oracle

Il est né d’un dernier soupir »

Victor Hugo lui offre un poème :

« Il est né l’enfant glorieux

L’Ange que promit à la Terre

Un martyr partant pour les cieux !

Honneur à ta première aurore,

O jeune lys qui vient d’éclore,

Tendre fleur qui sort d’un tombeau ! »

 

   En 1832, la duchesse de Berry prend la tête de la cinquième Chouannerie, une insurrection Légitimiste pour « Henri V, roi de France », le trône est alors occupé par Louis-Philippe, « roi des français », fils de Philippe-Égalité, celui qui vota la mort de son cousin Louis XVI. La princesse a reçu comme prénoms de baptême ceux de sa grand-mère maternelle, soeur de Marie-Antoinette, reine martyre, elle conserve naturellement une grande aversion envers la Révolution française. Chateaubriand écrira dans ses Mémoires d’Outre-Tombe : « je m’avançai vers l’orphelin et je lui dis : « Henri V me veut-il permettre de déposer à ses pieds l’hommage de mon respect ?Quand il sera remonté sur son trône, il se souviendra peut-être que j’ai eu l’honneur de dire à son illustre mère : Madame, votre fils est mon roi. Ainsi j’ai le premier proclamé Henri V roi de France»

 

   En 2007, le Conseil général des Hauts-de-Seine a consacré une exposition à la Duchesse de Berry au château de Sceaux grâce à la collection d’Hubert Guerrand-Hermès, administrateur de la célèbre marque de luxe Hermès. Dans l’avant-propos du catalogue il écrivait : « Quel bonheur d’avoir découvert il y a longtemps le tableau d’un superbe voilier où s’embarquait…on pourrait dire une Reine entourée d’une élégante escorte aux costumes emplumés. Ce fut ma première rencontre avec S.A.R. Madame la duchesse de Berry. Ce fut le début d’une vraie passion et elle ne me quitte plus. Dès lors, je compris pourquoi Louis XVIII et la cour avaient aimé cette jeune princesse sicilienne blonde, active et énergique, aux yeux bleus romantiques pleins de bonté…Elle les réveilla. Elle fut aussi adoptée par la France et élue du cœur des Parisiens comme leur Reine. Cela s’est fait parce qu’elle fut à la hauteur de l’épreuve tragique qu’elle traversa avec l’assassinat du duc de Berry, parce qu’elle rayonnait d’une certaine façon au plan artistique avec sa célèbre galerie de peintures à Rosny, au plan bibliophilique avec ses collections de milliers de livres, mais aussi en lançant les modes et le style Restauration, en stimulant l’artisanat et la nouveauté. Comme l’a dit le célèbre avocat Berryer : « Il y a dans la tête et le cœur de cette princesse de quoi faire 20 rois. »

 

Nicolas Chotard,

Président des Lys de France

 

Comme le souligna Christian Papet Vauban le royaume des Deux-Siciles est l’un des plus anciens de la Chrétienté. Les Capétiens des deux premières Maisons d’Anjou puis les Bourbons y ont laissé une empreinte que la conquête révolutionnaire n’a pas pu effacer. En 1700, Philippe V, duc d’Anjou, petit-fils de Louis XIV avec la couronne d’Espagne reçoit en héritage 23 autres couronnes dont celle de Sicile. Il réunissait ainsi les légitimités venues des rois angevins et aragonais. Les Bourbons des Deux-Siciles surent mieux résister à la tourmente révolutionnaire que leurs cousins de France et d’Espagne. Au XIXe siècle, ils firent de leur royaume l’État le plus développé économiquement et socialement de la péninsule italienne. 

 

   Il existe une controverse dynastique entre les lignes issues de Charles (1870-1949) et de Rénier (1883-1973) qui chacune prétend à l’héritage du trône des Deux-Siciles. Charles, qui avait épousé la princesse des Asturies, aurait pu, un jour, monter sur le trône d’Espagne mais la Pragmatique Sanction promulguée en 1759 par Charles III empêchait la réunion des deux couronnes sur une même tête. Par un acte rédigé à Cannes le 14 décembre 1900, le prince Charles renonçait pour lui-même et ses descendants à ses droits de succession à la haute fonction de chef de la Maison royale des Deux-Siciles. 

 

   Aujourd’hui les princes Pierre (1968-) et Charles (1963-) des Deux-Siciles sont tous les deux reconnus par un certain nombre de cours européennes et tous deux décorent des personnalités de l’Ordre Constantinien de Saint-Georges fondé au XVIe siècle et passé par transaction par lettre apostolique du pape Innocent XII en 1699 à François Farnèse, duc de Parme et Plaisance. Le but de l’Ordre est : « la glorification de la Croix, la propagation de la foi et la défense de la Sainte Église romaine ».

 

 Le 31 octobre 1998, le prince Louis de Bourbon, duc d’Anjou, chef de la Maison de Bourbon, était invité au mariage monégasque du prince Charles de Bourbon des Deux-Siciles, duc de Calabre et de Mlle Camilla Crociani. On pouvait remarquer la famille ducale de Parme, la famille Napoléon, les princes Albert de Monaco et Laurent de Belgique, la famille de Savoie… 

   Le 23 avril 2024 en la fête de Saint-Georges, la princesse Maria Carolina de Bourbon des Deux-Siciles accompagnait son père, Charles de Bourbon des Deux-Siciles, duc de Calabre, Grand Maître de l’Ordre sacré et militaire Constantinien de Saint-Georges à la cérémonie d’investiture en la basilique de la Sainte Croix de Jérusalem à Rome. 

 

   Le 12 avril 2026 en la chapelle Saint-Louis de l’École Militaire, Mgr Antoine de Romanet de Beaune, évêque aux Armées françaises, a célébré la messe de la cérémonie d’investiture de l’Ordre Constantinien de Saint-Georges, le prince Pierre de Bourbon des Deux-Siciles est Grand Maître de la branche espagnole de l’Ordre.

   Le 14 avril 2026, le prince Pierre de Bourbon des Deux-Siciles a assisté à la soirée de gala de l’Ordre de Malte en compagnie des princes Charles-Emmanuelle de Bourbon-Parme, Guillaume de Luxembourg, Amaury de Bourbon-Parme et Louis de Bourbon

 

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