
Le 8 mars 2026 nous apprenions qu’une église avait encore été le théâtre d’un énième cambriolage. Le prêtre de l’église Saint-Vincent-de-Paul à Paris a annoncé le larcin lors de la messe dominicale : « Peut-être avez-vous remarqué que le reliquaire au-dessus du tabernacle n’est plus là. C’est une relique évidemment importante. Saint Vincent de Paul a vécu sur le territoire de la commune au XVIIe siècle, il y a fait beaucoup de bien et était au service des pauvres.»
Le futur « grand saint du Grand Siècle » naît près de Dax en Gascogne en 1581 « Je suis le fils d’un pauvre laboureur…j’ai gardé les pourceaux ». En 1605, se rendant à Marseille il est victime au large d’Aigues-Mortes d’un raid, d’un rezzou ottoman et devient esclave pendant deux ans chez les barbaresques. Selon la légende, il se libère après avoir convaincu son dernier maître, un renégat du comté de Nice, de se repentir et d’aller à Rome demander l’absolution papale.
En 1610, sur les recommandations du Saint-Siège, il est l’aumônier de la « Reine Margot ». L’ancienne reine consacre une grande partie de sa fortune à des œuvres de charité notamment à l’Ordre hospitalier de Saint-Jean-de-Dieu pour y soigner les pauvres malades, ce témoignage de chrétienté vivante conforte l’ecclésiastique dans ses pensées : « Quoi, être chrétien et voir son frère affligé sans pleurer avec lui, sans être malade avec lui ! C’est être sans charité ; c’est être chrétien en peinture ; c’est n’avoir point d’humanité ; c’est être pire que des bêtes. » L’Ordre hospitalier oeuvrera jusqu’à la Révolution française qui supprimera les Ordres religieux mais pas les pauvres ni les malades.
En 1617 profondément ébranlé par la pauvreté spirituelle et la détresse morale, il réoriente son sacerdoce vers un christianisme au service des misères humaines et constitue la Confrérie des Dames de la Charité, puis en 1633 fonde les Prêtres de la Mission (Lazaristes) et, avec Louise de Marillac, la Compagnie des Filles de la Charité. Les Sœurs, « Servantes des pauvres » viennent aussi au secours des malades jusqu’aux heures sombres de la Révolution française, certaines sont fusillées à Avrillé, d’autres guillotinées à Cambrai et à Dax pour avoir « par son incivisme, cherché à corrompre et à ralentir l’esprit révolutionnaire et républicain ». En 1800, les Filles de la Charité sont les premières congréganistes à se reconstituer. Trente ans plus tard, la Sainte Vierge apparaît à Sœur Catherine Labouré et lui demande de frapper et diffuser la « Médaille Miraculeuse ». À sa mort en 1876, on comptera déjà plus d’un milliard de médailles !
Alors que Louis XIII est à l’article de la mort, Anne d’Autriche propose au roi de recevoir « Monsieur Vincent ». Il accepte et le saint prêtre se rend à son chevet. Il prie à ses côtés. Dans ces moments-là la prière revêt une importance capitale : « l’oraison est à l’âme ce que l’âme est au corps. L’âme est la vie du corps et l’oraison est la vie de l’âme. », le roi meurt dans ses bras en rendant son âme à Dieu le 14 mai 1643, saint Vincent de Paul écrira : « Depuis que je suis sur la terre, je n’ai vu mourir une personne plus chrétiennement … Jamais je n’ai vu plus d’élévation à Dieu, plus de tranquillité, plus d’appréhension des moindres atomes qui paraissaient péché, plus de bonté, ni plus de jugement en une personne en cet état… et incontinent après, levant les yeux et les bras au ciel, il dit le Te Deum Laudamus et l’acheva avec tant de ferveur que le seul ressouvenir m’attendrit tant à l’heure que je vous parle. » Par testament Louis XIII offre à son dernier confesseur 24 000 livres pour la fondation de deux missions destinées à la ville de Sedan et 46 000 livres pour les paysans pauvres et pour le rachat d’esclaves français captifs à Alger. En 1830, le dernier roi de France Charles X cessera de payer les rançons et enverra l’expédition du général de Bourmont, ancien chef chouan, pour résoudre définitivement la pratique esclavagiste du dey d’Alger.
L’abbé Henri Brémond, académicien (1865-1933) résumera la vie de saint Vincent de Paul : « Ce n’est pas l’amour des Hommes qui l’a conduit à la sainteté, c’est plutôt la sainteté qui l’a rendu vraiment et efficacement charitable. Ce ne sont pas les pauvres qui l’ont donné à Dieu, mais Dieu, au contraire, qui l’a donné aux pauvres. »
Joyeuses et Saintes fête de Pâques
Nicolas Chotard,
Président des Lys de France