L'art de vivre à la Française

Dimanche dernier, la centaine de participants de la Journée du Souvenir de la Chouannerie du Maine ont débuté la promenade des lieux de mémoire au château de Villiers à Launay-Villiers, lieu marqué par le passage clandestin d’un mystérieux marchand de vin bordelais plus connu sous le nom de Marquis de La Rouërie. On suppose qu’il y a rencontré Jean Chouan. Sur le guéridon présentant une gravure du château de l’époque on pouvait aussi découvrir dans le « book » biographique une invitation à la conférence de Jean Raspail et Alain Sanders organisée le 17 octobre 2013 à l’hôtel Kergorlay-Langsdorff par les Lys de France.

Organisateur de la promenade ayant pour thème Jean Chouan et le 230e anniversaire du début de la Chouannerie (1792-2022), il m’est revenu le soin de présenter l’affaire criminelle qui impliqua Jean Chouan et le fit entrer dans une ère nouvelle, celle de la clandestinité et de la rébellion à l’autorité dévoyée et tyrannique.

En décembre 1780, Jean Croissant et Jean Chouan sont attablés près du feu de cheminée dans la petite auberge de la veuve Duchesne quand arrive le gabelou Olivier Jagu. Les 2 fraudeurs du fisc appelés faux-sauniers ne sont pas tranquilles, ils savent qu’ils ont été aperçus l’été dernier du côté de Launay-Villiers. Est-ce que Jagu a un mandat d’amener ? Jean Croissant lui pose la question et Jean Chouan le bouscule, une altercation a lieu. Le gabelou quitte l’auberge, Jean Croissant le suit et lui donne un coup de ferte sur la tête, transporté à Laval il agonisera pendant une dizaine de jours avant de trépasser. Jean Croissant est retrouvé, jugé et condamné à mort. Il fait appel de la décision. Le dépaysement judiciaire se tient devant le tribunal de Paris à la Conciergerie mais le verdict est confirmé. Sous l’Ancien Régime les décisions des cours d’assises pouvaient faire l’objet d’un appel mais ce droit fut aboli à la Révolution française car les délibérations des jurés étant désormais rendues au « nom du peuple français » ce dernier ne pouvait pas se tromper. Il faudra attendre la condamnation de la France par la Cour Européenne des Droits de l’Homme pour que l’appel soit rétabli avec pour fait générateur le 1er janvier 2001.

La cavale de Jean Chouan durera jusqu’en 1785. Mais les preuves de sa culpabilité manquent au dossier. Le bienveillant Louis XVI ayant aboli « la question », la torture, le juge doit trouver des témoignages. Malheureusement, deux témoins oculaires ont passé l’arme à gauche et les deux autres ont la mémoire altérée. Ne pouvant pas resté en prison de manière arbitraire plus d’une année sans jugement mais étant déjà connu « défavorablement des forces de l’ordre », Jean Chouan fait alors l’objet d’une lettre de cachet pour être transféré au dépôt de mendicité de Rennes. Ce n’est pas une prison mais plutôt un établissement chargé de remettre les marginaux dans le droit chemin par le travail et la religion. Il est possible qu’un jour un brillant énarque sachant lire et ouvrir un bon livre d’Histoire découvrira cette alternance à l’incarcération et la proposera au Garde des Sceaux (anciennement royaux). Jean Chouan est libéré 3 ans plus tard, « la peine » maximum, on est alors le 31 juillet 1789. Il trouve un travail de domestique de ferme chez une cousine, veuve et mère d’un jeune prêtre qui deviendra réfractaire, refusant de prêter serment à la Constitution civile du Clergé du 12 juillet 1790. Jean Chouan se retrouve à côtoyer ces nouveaux insoumis, des prêtres persécutés, pourchassés, obligés à se cacher comme des rats dans des faux plafonds. Le 1er décembre de la même année, l’Assemblée nationale constituante abolit la gabelle, le faux-saunage disparait de facto et n’est plus une activité rémunératrice pour la famille Cottereau.

Deux ans plus tard, le 15 août 1792 on lui demande d’aller « sauver la patrie en danger », de payer l’impôt du sang, lui qui en avait été exempté jusqu’à présent, c’en est trop, la contre-révolution a trouvé son homme emblématique, son surnom « Chouan » hérité de son grand-père prend une autre signification, ce n’est plus celui qui chouine en patois mayennais mais celui qui s’insurge « pour Dieu et pour le Roi ». 

Mais, à la Restauration ce sera l’ingratitude. Alors que les familles Cadoudal et Cathelineau ont bien été anoblies pour René Cottereau, son frère survivant, point de lettre de noblesse, peut-être estimait-on que la République la lui avait déjà donné, il était brigand avant la Révolution française, il l’est resté après mais avec un B majuscule…selon le camp républicain.

 Nicolas Chotard

     Président des Lys de France,

        Trésorier de la Chouannerie du Maine.

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